Deux entreprises visitent le même logement, entendent la même demande, et rendent deux chiffrages qui ne se ressemblent pas. Le réflexe est de conclure que l'une est chère et l'autre honnête. C'est rarement la bonne lecture : dans la majorité des cas, les deux devis ne portent pas sur le même ouvrage. Comparer deux totaux n'a de sens qu'après avoir vérifié que le périmètre, les hypothèses techniques et les fournitures sont identiques de part et d'autre — c'est-à-dire après avoir reconstitué, ligne à ligne, ce que chacun a mis dedans et ce qu'il a laissé dehors.

Le premier écart tient au périmètre. Les postes qui disparaissent le plus souvent d'un chiffrage sont ceux qui ne se voient pas sur le résultat : dépose et évacuation en déchèterie, protections des ouvrages conservés et des parties communes, installation de chantier, reprises et raccords autour de l'ouvrage, nettoyage de fin de chantier, et parfois l'échafaudage ou la nacelle. Le deuxième tient aux hypothèses techniques. Sur une même salle de bain, l'un prévoit la dépose complète du support et un ragréage, l'autre pose sur l'existant ; l'un chiffre un système d'étanchéité sous carrelage, l'autre s'en tient à un carrelage collé ; l'un reprend le tableau électrique, l'autre repique sur le circuit en place. Ces choix ne se lisent pas dans le total, seulement dans le descriptif. Le troisième tient aux fournitures : gamme et provenance retenues, et surtout la mention « fourniture et pose » ou « pose seule », qui suffit à elle seule à expliquer un écart considérable entre deux propositions.

Restent trois causes moins visibles. Les aléas provisionnés : une entreprise qui a déjà ouvert des planchers dans le même type d'immeuble intègre une part d'inconnu que son concurrent découvrira en cours de chantier, sous forme d'avenant. Le montage : intervention en direct ou recours à la sous-traitance, chacun avec ses assurances propres, ce que l'attestation de décennale permet de vérifier avant signature. Et le régime fiscal : le taux de TVA applicable dépend de la nature des travaux et du logement, il se vérifie au cas par cas et doit apparaître clairement sur chaque devis. La méthode qui rend les devis comparables est donc en amont : remettre à toutes les entreprises consultées le même descriptif écrit, avec les mêmes quantités et les mêmes hypothèses, puis demander à chacune de compléter les lignes manquantes plutôt que d'arbitrer sur le total. Un devis moins cher parce qu'il oublie un poste ne fait pas économiser : il reporte la dépense au milieu du chantier, au moment où la comparaison n'est plus possible.



