Un carrelage, aussi bien posé soit-il, n'est pas une barrière étanche : l'eau passe par les joints, les micro-fissures et les jonctions. L'étanchéité est un ouvrage distinct, placé sous le carrelage — système d'étanchéité liquide appliqué au rouleau, ou natte membrane collée —, mis en œuvre selon son avis technique et choisi en fonction du classement d'exposition à l'eau de la pièce. C'est cet ouvrage invisible à la livraison qui protège le plancher, les cloisons et, en immeuble, le logement du dessous.

Une étanchéité ne cède presque jamais en pleine surface : elle cède sur les points singuliers. Ce sont les angles rentrants et sortants, renforcés par des bandes d'armature ; la jonction entre le sol et les murs ; les traversées de canalisations, traitées par manchette et non par un cordon de mastic ; la platine de bonde ou le corps de caniveau, dont la collerette doit être noyée dans le système ; les pieds de cloison et les seuils, où l'étanchéité doit s'arrêter proprement en remontant assez haut. Deux conditions en amont ne se rattrapent pas ensuite : un support plan, propre, stable et compatible avec le système retenu, et des pentes réalisées avant l'étanchéité — une pente ne se corrige pas à la colle.

Une fois le carrelage posé, plus rien de tout cela ne se vérifie sans démolir. D'où la règle : documenter avant de recouvrir. Photos datées de chaque point singulier, référence exacte du système employé — primaire, bandes et mastic de la même famille, plutôt qu'un assemblage de marques —, respect des temps de séchage entre couches, et, lorsque la configuration le permet, essai de mise en eau avant carrelage. Ces pièces se rangent avec le dossier de fin de chantier. Elles ne servent à rien tant que tout va bien, et deviennent la seule preuve exploitable le jour où une trace apparaît au plafond du voisin.



